vendredi 21 octobre 2011

«LA GROGNE EST À TOUS LES NIVEAUX, Y COMPRIS AU TRÈS HAUT NIVEAU DE LA FONCTION PUBLIQUE» Jean-Claude Mailly sur BFM et BFM Business


Jean-Claude Mailly sur BFM et BFM Business par Force_Ouvriere

Hedwige Chevrillon : C’est un jour très important pour tous les syndicats avec le vote dans la fonction publique : 3,5 millions de fonctionnaires ont la possibilité d’élire leurs représentants syndicaux. Vous avez déjà des estimations à la mi-journée ?


Jean-Claude Mailly : Pas du tout. Ce n’est pas comme dans les élections politiques, il n’y a pas de sondage à priori. C’est une élection de type nouveau, d’une certaine manière un tir groupé.

Ce vote est décisif pour l’ensemble du paysage syndical français ?

Dans la fonction publique oui, et plus largement au niveau général puisque pour la première fois depuis longtemps vote, le même jour, la totalité ou la quasi-totalité des fonctionnaires d’Etat et des fonctionnaires hospitaliers, et La Poste qui a voté il y a deux jours. C’est une belle primaire finalement, qui porte potentiellement sur 3,5 millions d’inscrits.

Quand aurez-vous les résultats ?

On aura peut-être quelques estimations ce soir, je pense, parce que l’éducation nationale votant sur internet, le dépouillement devrait être rapide. Pour la fonction publique d’Etat, on devrait en avoir demain (vendredi) et pour la fonction publique hospitalière, en début de semaine prochaine.

On a noté des tensions assez fortes avec François Chérèque, notamment à propos d’une visite à Marseille. Est-ce que cela veut dire que les enjeux sont très importants pour vous ?

Pour tout le monde ! C’est ce qui permet d’être interlocuteur. Là comme ailleurs, plus vous pesez syndicalement plus vous êtes entendu, voire écouté. Donc de ce point de vue-là, c’est un enjeu pour tous les syndicats. Ça porte à la fois sur l’élection en tant que telle mais aussi sur l’avenir du service public, qui est menacé dans notre pays.

C’est quand même la mesure principale des rapports de force des syndicats dans la fonction publique…

Ça devient en effet la principale mesure. Mais après, vous avez toutes les élections dans le secteur privé, et il y en a tous les jours. Je rappelle qu’en fonction des nouvelles dispositions en matière de représentativité, c’est vers la mi-2013 à peu près qu’on saura quelles sont les organisations nationales représentatives. Je le dis tout de suite : je n’ai aucune crainte pour FO.

Dans la fonction publique d’Etat, vous étiez à 15,4 %. Quel est votre objectif cette fois ?
Aujourd’hui nous sommes la deuxième organisation syndicale de la fonction publique derrière FSU.

Loin derrière !
Oui, mais c’est aussi parce que le nombre d’enseignants est important parmi les fonctionnaires. Nous sommes donc 2èmes dans la fonction publique d’Etat, et 3ème dans la fonction publique hospitalière. Ce sont les positionnements. Donc ce qu’on espère, même si je ne fixe pas d’objectifs, c’est progresser. Maintenant, c’est une élection. On verra.

Vous êtes-vous fixé un seuil à partir duquel vous considérerez que c’est un succès ?

A partir du moment où l’on progresse, c’est un succès. Une élection, ça se joue sur le travail qui est fait sur le terrain, pas simplement 15 jours avant les élections. Ensuite ça se joue aussi sur les positions des uns et des autres, mais pas uniquement, c’est aussi le travail régulier fait sur le terrain. Ça vaut dans le public comme dans le privé.

La règle de non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partants à la retraite, contenue dans la RGPP, va-t-elle modifier les équilibres syndicaux ?

Je ne pense pas que la RGPP en tant que telle les modifie. Cela fait quatre ans qu’on explique que cette révision générale des politiques publiques est dangereuse. C’est une vision d’abord idéologique, puis uniquement budgétaire. Aujourd’hui, nos services publics sont menacés dans leur existence. Ce n’est pas simplement une question qui touche les fonctionnaires, même s’ils en pâtissent énormément en termes de conditions de travail, c’est une question qui concerne l’ensemble des usagers et des citoyens.

J’ai visité pas mal d’hôpitaux, des centres des impôts. Dans un hôpital, et ça se passe à peu près partout de la même manière dans ce qu’on appelle les Epad, les établissements pour personnes âgées, le personnel est en burn out complet. Une infirmière me racontait qu’elle avait 7 minutes, montre en main, pour faire la toilette d’une personne dépendante, levée et habillage compris. On se rend compte qu’elles ne peuvent pas le faire. Alors les familles ne sont pas contentes, le personnel non plus.

Reconnaissez-vous que les 35 heures, telles qu’elles ont été appliquées dans les hôpitaux, ont été une catastrophe ?

Je l’ai toujours dit. La manière dont les 35 heures ont été appliquées dans la fonction publique hospitalière, notamment en matière d’effectifs, a été un des éléments qui ont dégradé les conditions de travail dans l’hôpital, c’est évident. Mais la RGPP, ça a fait deux ou trois lames supplémentaires.
Aujourd’hui, je n’ai jamais vu ça, la grogne est à tous les niveaux, y compris au très haut niveau de la fonction publique. Même si les hauts fonctionnaires ont un devoir de réserve, ça ne les empêche pas de pouvoir discuter avec nous.

(…)

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